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Lundi 21 janvier 2008

Camarade distrait qui aurait oublié, l’année dernière, de célébrer la naissance de Notre Seigneur et Maître Qui Rigole Quand Même Pas Des Masses J’ai Nommé JC (soit plus simplement NSMQRQMPDMJNJC) via une fastueuse orgie culinaire, je me permets de rafraichir ta mémoire et te propose illico la recette qui fera de toi l’homme à la bure le plus sexy de Noël…


La Reine connait une manie bien étrange pour nous autres les Trotskystes athées, tendance libertaire, elle aime à fêter Noël avec les siens. Perso, c’est pas du tout mon genre et si je pleure le 24 au soir à la messe de minuit, c’est passque je regrette d’avoir fini la Bûche sans en proposer à Notre Seigneur et à son rejeton.

 

 

Malgré l’immense joie que nous éprouvons à nous retrouver en famille (qui un jour lira ces flagorneries et me trouvera illico un oncle d’Amérique de qui je pourrai hériter d’un véritable four qui ne soit pas Proline !), et à constater combien je reste le plus beau de cette pâle famille, soit dit-en passant, il subsiste toujours un moment douloureux en ce 24 au soir.

 

Un long moment en fait puisqu’il s’agit du repas.

 

Car quand une famille nombreuse se réunit, mettons 15 beaux et gras adultes accompagnés d’une tonne de marmots (réduisons à 6), et que la tradition de Noël veut que tout le monde il communie dans la paix, et ben faut trouver un plat qui plaise à toute la famille. Et si on fait le total des dégoûts, il ne nous reste plus qu’à se farcir une vieille dinde sèche pour le repas (et non je ne parle pas de la grand-tante Ursule).

 

Evidemment l’astuce principale pour attendrir la dinde et dérider sa mauvaise humeur de s’être fait refuser le « Rôti d’un Jeune UMP sur son lit de Démocrates-Chrétiens », plutôt proches du chapon au demeurant pour ces derniers, consiste en l’absorption rapide et complète des boutanches trainant près de vous. Ce qui vous conduit inlassablement à la même exigence le lendemain, l’assassinat ciblée des mioches hurlant à qui veut l’entendre sa joie d’avoir eu des cadeaux la veille !!!

 


Tout ça pour dire que si Noël représente la concorde familiale, il n’est pas pour autant un exutoire culinaire, les saveurs nouvelles, drôles ou mêmes hors de prix ayant été méticuleusement laissées à la porte de vos espoirs.

 

Pour se venger de l’affront, il ne vous reste qu’à créer de toutes pièces un pré-Noël, avec la Reine, où vous pourrez dire toutes sortes de vulgarités, fumer des clopes à même la table, vider quand même toutes bouteilles traînant mollement à moins de 10 cm de votre bras massif et surtout festoyer avec la dignité d’un Brillat-Savarin des grands soirs.
Si on ajoute à cette déclaration festive que la Reine se charge de l’entrée et mézigue du plat principal de ce fameux pré-Noël, on obtient le jolie tableau que je vais vous décrire. En si peu de mots que vous pourriez déjà être entrain de travailler. Bandes de feignant !

 

 

 

Première étape : trouver l’idée ensorcelante qui ensorcelle grâce à des sorts de sorcier (un rien lourdingue, comme cet article)

 

J’eu pu, dans un désir fracassant de proposer un partenariat à Cyril Lignac, m’enticher de recettes ethnico-hype dont la seule originalité eut été le prix exorbitant du pâle magasine qui les proposait. Mais non ! Je suis un subversif. Rappelez-vous… ou faites semblant au moins !

 

J’eu pu, également, plonger dans l’océan de livres de cuisine pour en ressortir la perle huitrière de cette soirée. Mais non ! J’aime pas les perles, ça fait nouveau riche (et rien de tel qu’une bonne lignée séculaire de gras bourgeois pour donner la forme) et pis la Reine connait par cœur ces bouquins. Et je voulais l’impressionner afin qu’elle accepte de me laisser la paternité de la petite à venir.

 

J’ai donc décidé d’aller chercher de l’aide dans le monde magique du gros blog qui tache. J’ai finalement poussé chez les Sveltes Helvètes à l’anneau gaillard (comme d'hab) et je l’ai même supplié de me donner quelques pistes de réflexion tant la profusion de recettes me laisse généralement pantois. C’était en dessous d’une recette de moules. Je n’y peux rien moi.

 

Vint alors la réponse auréolée de la magie dématérialisante d’Internet. Car le gonze m’a répondu en moins de 18 mn. Je reconnais qu’il a dû être impressionné par ma position sociale. C’est bien un des nombreux passe-droits que la Providence m’a offert.

 

Mais le fourbe, ou le coquin, me plongea dans un embarras que seuls les sadiques savent créer à dessein. Il ne me proposa pas simplement une seule recette, étudiée pour marier grosse frime et extase gustatif. Non ! Il plaça 3 recettes sur l’autel de mon indécision. Et devinez ce qu’il advint.

 

Hé ben j’ai galéré grave ma race. Style un mec pris en otage un jour de grève nautique, qui se sent contraint d’emprunter la galère de son voisin afin de ramer toute la journée pour se rendre au chagrin.

 
Bref il y avait 3 recettes. Et j’ai dû faire un choix.
 

  - La première recette jetée en pâture aux sucs gastriques les plus véloces semblait succulente. Un poulet (bio, fermier, commerce équitable, pas d’enfant qui l’ont élevé dans leur grenier, présence aux meetings de José Bové, etc. De la balle quoi !), avec de la crème (la Normandie en force), des morilles et du vin jaune. J’opte immédiatement pour la recette et me damne si je ne la réalise pas dans l’heure. Puis je consulte les cours de la morille et du vin jaune. Je téléphone à mon banquier. Il refuse net un endettement sur 30 ans : les mensualités de remboursement dépassent le fameux 1/3 acceptable. J’ose à peine y croire. De simples contingences matérielles oseraient ruiner ma créativité culinaire, ma liberté gastronomique ? J’appelle Florent Pagny pour un conseil avisé. Mais rien ne change ! Alors n’ayant pas réussi non plus à convaincre Dassault d’investir dans le poulet au vin jaune, je m’effondre avec désespoir sur la deuxième recette.

 

 

  - Le gigot d’agneau qui barbote 7 heures dans du pinard et des épices aussi raffinées qu’un reportage de Capital sur les Nouveaux Palaces en Inde. Cette recette je l’ai rêvée, je l’ai sentie inonder de son fumet notre salon-cuisine-living-entrée-buanderie-garage, je l’ai pleurée, je l’ai même décrite, ciselée et narrée pour une amie (je vous la mets d’ailleurs dans trois mn ici, mais à la fin sachez que ce blog n’est pas que un outil à la gloire du cuistot d’à côté…), et surtout je ne l’ai pas encore réalisée et donc encore moins mangée. Pourquoi donc ? Deux raisons essentielles dont l’une me colla une honte telle que je ne peux plus me rendre chez mon boucher (et que du coup je chasse le bœuf à la lueur de l’astre nocturne dans les bocages normands).

 

 

            - Première raison, pleine de bon sens : un gigot de 1.8kg, c’est peut-être légèrement excessif pour deux ?

 

            - Voilà qui m’amène direct sur la deuxième raison, mon boucher préféré, que je tente de séduire depuis maintenant deux ans afin de devenir son amant et profiter de toutes ses daubes, m’a gentiment éconduit lorsque je me hasardais à lui demander un 1/3 ou demi gigot d’agneau. Bref ce sale enculé (les ruptures sentimentales conduisent fréquemment les paroles au-delà des intentions) n’a pas daigné tronçonner son gigot !

 

Et me voilà à nouveau penaud devant ma marmite surprise… Il ne me reste plus qu’une recette. J’espère mais qu’à moitié et m’imagine déjà feuilletant Super U’Mag pour trouver une recette de pintade farcie aux marrons…

 

 
- Troisième recette, terminus, tout le monde la prépare et la mange. C’est facile, c’est ludique, c’est original et c’est bon comme un bonbon volé dans le sac de sa mère. C’est dire ! La caille (volaille ou approchant, la Reine sera évidemment comblée, bon début) farcie (hé oui ! C’est Noël) à la féta (voilà le côté original) câprée et tomato-séchée (et là nous entrons de plein pied dans la grande hype, genre tu manges ça au Nouvel An après avoir fait de la plongé en Croatie - et surtout t’oublies pas le réanimateur après la trempette).

 

 

Ecoutez je vais pas disserter trois plombes sur comment c’est bon… Juste que si t’as déjà craqué sur des viandes au fromage (genre le fameux cœur de rumsteck, sauce au camembert), hé ben là tu pleures ta mère, tu lui rends son bonbon pourri et tu cours préparer la recette, qui te procurera trois extases :

 

-          Tu vas malaxer, touiller, pétrir le fromage, les câpres et les tomates. C’est rigolo de se salir les mains quand on a le droit… Hein ? Avant tout le bon cuisinier est un môme. Ou un militaire qui dirige sa brigade. Mais là c’est avant tout un con.

 

-          Tu vas acheter des cailles, vidées, et tu pourras jouer aux marionnettes avec elles. Et c’est encore plus rigolo que de se servir d’un gigot pour assommer son partenaire.

 

-          La Reine, qui a tout bonnement adoré la recette, fait de toi le nouveau défricheur de tendance culinaire, appelle Elle et Cuisine Actuelle pour leur proposer un partenariat et fomente un attentat contre Cyril Lignac. Evidemment tu n’as rien dit sur la non paternité (encore une ?) de la recette, et depuis tu t’escrimes à farcir tout ce que tu trouves avec de la féta, mais bon… Ce très petit mensonge et les indigestions de féta valaient bien ce moment de pure félicité gastronomique.

 

Bon pour prouver que ça arrache, je vous mets la photo, là en-dessous que c’est un mec de Libé qu’est venu la prendre mais qu’au final elle était tiède, fadasse et sans saveur… la photo… alors on a dû la retoucher un peu.

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On a mangé ça avec quoi ? Avec du vin rouge Monsieur ! Et quoi comme pinard ? Hé bé un Croze Hermitage pas bégueule que notre caviste préféré, il a dit que c’était ça qu’il fallait boire si on mangeait des cailles avec de la féta et des câpres et de la tomate séchée. Ce qui, reconnaissons-le, tombait plutôt bien. Mon pinardier (qui n’est qu’à moi) a toujours l’immense sagacité de me proposer des vins totalement étrangers à ma culture, plutôt vaste, du rouge à 12°5 (comme il dit Boris). Or ici, que fait-il le bougre, il me conseille, avec ce feulement chatoyant qui alerte les papilles du client de l’amateur éclairé, un pinard dont je connais le nom, et que même, délice suprême, j’en ai déjà éclusé avec forces rodomontades. Et ne résistant pas à l’envie de l’impressionner durablement, histoire d’être convié aux prochains happenings dégustatifs sauvages, je lui balance en pleine poire l’origine précise du breuvage en mentionnant avec fierté les caves de Tains. Notre relation a pris fin aussi sec ! Toisant mon ignominie, abandonnant sa retenue bedonnante, il manqua de peu mon occiput écervelé et la dite bouteille vint s’écraser sur une collection de Bordeaux promise aux rebus. Immolé dans un pinard rouge sombre coulant à flot, il me révéla aux bords de l’agonie, avant de plonger, qu’il ne travaillait, bordel de merde !, qu’avec des petits producteurs – récoltants, etc. Et que j’avais 3 mn pour fuir cette échoppe qu’il allait devoir décontaminer de mon insolence. Fuyant la bouteille entre les jambes, je vis arriver un rebouteux manchot (des habitants de la manche…) chargé de jeter du Pinard de Jean Carmet sur les diverses aspérités de la boutique.

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Pour la petite histoire, l’entrée de la Reine, qui a remporté les suffrages de tous les convives (2 donc), c’étaient des noix de St-Jacques au coulis de groseille poivré. Hé bé, ça aussi je vous le raconte tout à l’heure. Passque ….. c’est dur d’être riche ! Toujours manger bien, bon et original… Epuisant.

 

 

 

PS : vous noterez qu’il n’y a qu’une étape. C’est comme Paris-Tours, ya plus qu’une étape.

Par Hard Worker - Publié dans : Cuisine
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